Le chiffre d'affaires s'établit à 13027 millions d'euros, en progression de 3,7% à périmètre historique. L'Ebitda (bénéfice brut) s'établit lui à 4790 millions d'euros en hausse de 4,6%. Autrement dit, la croissance organique s'accélère encore très légèrement par rapport aux deux derniers trimestres qui étaient déjà très satisfaisants de ce point de vue (3,5% et 3,6%).
Point significatif, tous les marchés contribuent à la croissance y compris celui des entreprises qui était structurellement à la peine depuis des années. Les CAPEX (investissement) sont en forte augmentation à 1492 millions d'euros, en grande partie du fait d'investissements immobiliers. La croissance semble donc être solide et équilibrée. Le portefeuille de la société en Afrique et au Moyen-Orient donne à la société une bonne visibilité en dehors des marchés matures. L'iPhone a été un bon coup marketing pour France Telecom, rien de plus, Apple étant désormais en train de réviser sa politique européenne dans un sens plus classique.
Le périmètre actuel de la société est cohérent et permet une bonne intégration verticale sur tous les métiers sur ses principaux marchés (France, Royaume-Uni, Espagne et Pologne). La conjoncture a peu d'effet jusqu'à présent sur la société, même en Espagne et au Royaume-Uni. Il faut toutefois noter que si la société est exposée à une forte baisse de la livre sterling, elle est en partie compensé par la baisse relative des dettes libellées dans cette devise (13% des dettes du groupe).
Logiquement, la politique de distribution suit la pente ascendante des résultats avec 1,3 euros par action. Au total, la société rendra 3,4 milliards d'euros à ses actionnaires. Le rendement s'établit à 6,5% si l'on retient un cours à 20 euros. En ce moment, le PER s'établit un peu au dessus de 8. La valorisation est donc redevenue très humble et justifierait un plan offensif de rachat d'actions. Compte tenu des distributions de dividende et du paiement des impôts la société ne devrait réduire son endettement que lors des deux derniers trimestres de l'année. A périmètre constant, on pourrait s'attendre à une baisse de 4 milliards de l'endettement qui serait ramené à 34 milliards d'euros.
Si une politique de rachat offensif était menée, la société pourrait racheter presque pour 4 milliards de titres, voire un peu plus si elle s'en tient au ratio de deux fois l'Ebitda. Celui-ci devrait augmenter de 700 millions d'euros sur l'année. Sur la base des cours actuels, une telle politique permettrait une hausse du bénéfice par titre de l'ordre de 7%, à laquelle viendrait s'ajouter la hausse tendancielle du profit de 4%. Avec une politique de rachat dynamique en cette période boursière troublée, la société pourrait créer de la valeur pour environ 11% par an, cela n'est pas si mal.
Il faut croire que le management de France Telecom a une autre vision de la situation et de l'intérêt des actionnaires. M. Pellissier a clairement laissé entendre que le temps des acquisitions stratégiques était revenu. La consolidation européenne, voire mondiale, connaît actuellement une accélération sensible. Alors que Vodafone a pris le grand large et investit des marchés en croissance en Inde, en Turquie, en Afrique du Sud, et ailleurs. Les principaux opérateurs historiques européens réalisent de plus en plus d'opérations en Europe. Cette vague correspond à l'arrivée à maturation du marché de la fourniture d'accès internet qui est presque achevé (début 2010 ?) et de l'arrivée à maturité du marché mobile dans les pays développés (aujourd'hui).
Un nouveau cycle d'investissements lourds sera nécessaire pour implémenter la 4G et la fibre. Mais, pour l'instant, cette nouvelle vague d'investissements et de revenus tarde du fait de la mise en œuvre à reculons d'une régulation incitatrice. Les CAPEX sont donc en baisse relative et laissent aux opérateurs le sentiment d'avoir des marges de manœuvre pour mener une politique d'extension internationale. France Telecom n'est pas le seul opérateur à avoir maîtrisé sa dette, il en va de même pour Deutsche Telekom et dans une moindre mesure pour Telefonica. Si l'on compare avec les Etats-Unis, on doit convenir que le niveau de concentration est encore faible, ici pas de géant comparable à Verizon et AT&T qui structurent ensemble l'offre fixe et mobile. On a le droit de penser que ce n'est pas un mal.
La période est donc propice à l'expression de grandes ambitions qui ont en général pour corollaire la mise en œuvre d'opérations sans contenu économique probant. On soulignera que les grandes banques d'affaires doivent certainement jouer le rôle de la mouche du coche dans cette perspective. La crise fait baisser leurs revenus et les entreprises ralentissent le recours au crédit, pour la BNP et consœurs une opération de France Telecom serait pain béni. C'est dans ce contexte qu'il faut apprécier et évaluer les velléités d'acquisition de Telia-Sonera
Eric Grémont
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