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06 novembre 2008

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Voici les sites qui parlent de Choc des taux, poids des mots / par Alain Sueur :

Commentaires

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Toledo

Vous le suggérez en pointiller, mais il y a bien à 5ème levier, c'est celui des réformes structurelles de la relation citoyen / Etat, à savoir la santé, la retraite, la justice, la natalité, l'immigration, la formation, l'entrepreneriat par exemple. Quid des lois, des financements, de l'organisation efficace ? J’en entends parler depuis si longtemps, que je n’y crois plus, même dans ces temps perturbés où le citoyen, par peur, pourrait être plus ouvert aux sacrifices. Il est vrai que, pour la majorité des Français, on leur parle de sacrifices en continue depuis plus d’une génération maintenant.
Parlez des taux est bien plus simple, mais un taux bas ne crée pas une dynamique, si on ne souhaite pas investir. J'ai toujours regarder avec intérêt le fait que le pic des fusions-acquisitions se produisait souvent quelques mois avant la crise, alors que le prix des entreprises et les taux d'emprunt étaient au plus haut !
De plus, on peut toujours critiquer un organisme européen, c'est plus facile que de marquer son dynamisme étatique propre. A force de critiques de "l'autre nous-même", l'Européen, il n'y a pas à chercher pourquoi l'Europe politique ne fait pas recette. Même notre volontaire (mais peu lisible) président se fait discret. La crise promet d'être vraiment rude, particulièrement par l’implication des financières de l’Ouest dans les économies fragiles de l’Est. Le Rideau de Fer passe de la zone d’influence russe à celle du FMI.
Petite question : les produits dit « de finance islamique » semblent se tenir bien en ses temps perturbés. C’est du a leur construction intrinsèque, à l’effet de nouveauté, aux investisseurs du Golfe Persique et / ou à la fidélité des croyants (en Dieu, pas au marché) ? Lorsque la machine financière se dérègle, la religion semble être un actif pérenne !

Alain

Ce levier "politique" que vous évoquez existe, bien-entendu. Mais pas en situation de crise, sauf en cas d'élection : les espoirs de changement politiques d'Obama en sont un exemple. En France, c'est déjà joué depuis 2007 et ce n'est pas la pâlotte "victoire" de Mme Royal devant les éléphants qui pourrait créer ce "choc" psychologique utile dans la crise.

Cela dit, sur le moyen terme (au-delà de la crise), ce levier politique est indispensable. On l'appelle un "projet". Celui du président français élu en 2007 était relativement clair : se retrousser les manches et aborder tous les problèmes non traités depuis des décennies. Il a commencé, suscitant les habituelles levées de boucliers des inerties dérangées dans leur ronron. Va-t-il réussir dans les faits ? Son attitude agitée et de fait accompli est-elle la bonne ? Aux électeurs de juger, dans 4 ans. Toute politique structurelle demande du temps, ce qui n'est pas accordé par la société du spectacle ni par les histrions médiatiques qui doivent mériter les dizaines d'années de SMIC de salaire annuel.

Reste le "projet" de l'opposition : on attend toujours.

Conforter une société par les filets sociaux, assurer éducation, formation et transitions d'emploi, tout cela est indispensable à une économie moderne car augmente la productivité des salariés, forme leur attitude face à l'avenir et guide leur propension à "consommer". D'autant qu'ils veulent désormais consommer utile et avec moins de gaspillages. Mais rien ne se fait en un jour, ni sans l'adhésion des intermédiaires éclairés (associations, partis, syndicats) comme des citoyens (qui peuvent pousser les intermédiaires à se bouger).

La France est en retard, pour cause de rois fainéants et d'illusions idéologiques des deux bords (fortune populaire ou débrouille individuelle). Mais la France n'est pas morte, surtout si elle sait laisser la place aux générations nouvelles et aux diversités. Pour cela, la gauche porte une responsabilité : quitter les blocages théoriques, les références aux âges d'or et les tabous de débat. Le fait que les militants aient choisi le courant Ségolène Royal plutôt que celui du Hollande-bis ou celui du retour à Mitterrand laisse un espoir. A droite, l'ouverture et le pragmatisme affichés jusqu'ici sont de bon augure, même si toute action est exposée à critique.

La "finance islamique" a pour principal intérêt à court terme d'interdire toute spéculation et de préférer des investissements dans de quasi obligations - d'où son attrait financier actuel, avant d'être religieux. Mais l'ISR (investissement socialement responsable) est aussi d'essence religieuse, puisque faisant intervenir une "morale" au-delà du réel. Il connaît un grand succès.

Toledo

Merci de vos réponses.
Pour l'organisation de la politique en France, c'est au moins un puissant levier de ... discussion.
Le fondateur du Parti Socialiste « moderne », F.Mitterand, est mort avec son mode d’emploi. N’ayant pas (ou trop) de successeur(s), cela n’a amené qu’a une agonie qui s’éternise (aussi par la qualité de tacticien politique de N.Sarkozy). Par delà les opinions de chacun (j’essaye d’être pragmatique), notre démocratie ne fonctionne bien que par un bi-partisme responsable et « éclairé » (« l’intérêt » de cette notion personnelle qu’est « la France »). Actuellement, le Parti Socialiste devrait renaître à la façon du (si haï) New Labour, car il ne joue pas son rôle d’opposition, a fortiori d’opposition constructive. A ce titre, la principale opposition au gouvernement, c’est … l’UMP. Ce qui n’empêche pas ce gouvernement d’avoir une action peu lisible, me confortant dans mon jugement que, par delà la politique, les gouvernants ont peur de la population en lançant des réformes fortes (fin des 35 heures et de l’ISF, changement de mode de financement de la sécurité sociale, simplification administrative des relations entre l’Etat et le citoyen et entre les citoyens eux-mêmes) et préfèrent passer par la bande plutôt que de front. Tout cela me parait bien long, difficilement efficace (l’administration est là pour vider une bonne idée de sa substance) et pas très motivant (notre fonction publique et ses satellites est toujours hypertrophié, d’où la facilité d’investir l’argent de l’Etat centralisateur dans les grandes entreprises).
Je ne vois pas d’Obama, soit un orateur « éclairé », émergé dans notre personnel politique (Sarkozy s’est beaucoup « chiraquisé » en 18 mois). Peut être parce que cela est impossible. Même De Gaulle, en son temps, était moyennement apprécié. Sa popularité n’aurait peut être pas été aussi grande s’il n’y avait pas eu la seconde guerre mondiale. Un homme d’exception n’arrive souvent que dans des cironstances exceptionnelles. Enfin, je ne pense pas que le peuple de France attende un Messie ; je n’ai jamais compris qu’un peuple aussi individualiste soit autant en addiction d’Etat!
Il s’agit peut être plus d’une question de génération : les pays d’Europe du Nord (+l’Espagne) ont fait leur mue après avoir passé par le fonds du caniveau ; n’oublions pas que les pays phare de la richesse Européenne d’il y a un an (Irlande, Espagne, Grande-Bretagne) étaient les plus pauvres à leur entrée dans l’ensemble européen. Les problèmes actuels ne montrent qu’une unanimité européenne qu’au niveau de la BCE : c’est à croire que nos gouvernants ne croient vraiment pas que nous sommes prêt pour l’Europe. On ne peut leur donner tort (vu les Non référendaires), même si on aimerait que cela soit autrement et qu’ils ont leur part de responsabilité.
Je crois toujours que les changements importants se font dans les têtes et donc par les idées et leurs véhicules pédagogiques, les politiciens. C’est comme la notion de « la France » : c’est brillant, motivant, mais personnel et vague. La France a renoncé à briller, peut être parce que nous avons été trop riche et que la rente nous a anesthésié. Les USA se renouvellent surtout parce que cela reste un état récent, d’une part, l’émigration y reste très importante (et encouragée), d’autre part. Cela oblige à se remettre en question.
NB : Il peut paraître étrange pour un démocrate (que je suis) de mettre en valeur un leader « éclairé », terme qui provient de la monarchie, voir du religieux. La démocratie est aussi une organisation qui doit permettre au peuple de sélectionner librement les plus aptes à conduire la communauté dans un monde en perpétuel transformation. Si elle ni parvient pas, elle doit elle-même réformer son mode de fonctionnement pour y parvenir. Mais dans ce cas, elle a besoin aussi d’un leader « éclairé » ! Ce n’est donc pas simple, en dehors de circonstances exceptionnelles. Il reste à savoir si les circonstances présentes le sont, à défaut d’avoir de plus grandes catastrophes.

Toledo

Puisque vous avez parlé d’ISR, est-ce que la morale peut être rentable ?
Je vais prendre l’exemple de cette (nième et pas la dernière) crise financière. Actuellement, on recherche (wanted dead or alive) les origines, en dehors du fait générateur (les prêts immobiliers à risques US, dit « subprimes »). Des boucs-émissaires sont désignés chaque semaine: les banques (spéculent pour leur compte et revendent les risques de défaut de remboursement des emprunts aux marchés plutôt que faire leur métier de gestion du risque et de financement de l’économie), les assureurs (cela sera peut être la « surprise » de 2009…), les hedges funds (boites noires de liberté utilisé par les banques et assurances, maintenant saignés à blanc), les banques d’investissements (qu’elles reposent en paix RIP), les bonus des dirigeants et des traders, les organismes de régulations (sans moyen), les banques centrales (taux trop bas trop longtemps, mais rappellez-moi à combien est le taux de la FED en ce moment ?), les organismes de notation (conflit d’intérêt pour favoriser la notation de produit, mais elle existent encore), les USA (la planche à billets infinie de dollar, les déficits individuel et des états, les firmes rapaces et créatives de Wall Street), les spéculateurs (?), les paradis fiscaux (même la Banque Nationale Suisse met son argent aux Iles Caïmans), les promoteurs immobiliers (qui achète les biens? qui finance ?). J’en oublie sûrement. Bref, l’enfer, c’est les autres ! Mais nous, « simples » investisseurs, sommes-nous responsables ? Qui donnent de l’argent à ces « spéculateurs » ? Qui recherchent du rendement très supérieur à ce que peut restituer les entreprises en particuliers et l’économie en général ? C’est là qu’intervient la morale, antidote humaniste à l’avidité. Les grands spéculateurs sont : les fonds liés à la retraite (fonds de pension, assureur), l’assurance sociale (assureur, Etat), l’immobilier (nous directement, assurance). Les boucs émissaires ne mettent en musique que nos rêves et nos incohérences. Cela veut-il dire qu’il n’y a donc pas de responsabilité, en dehors de la notre ? Un investisseur individuel acceptera-t-il qu’on ne lui promette un rendement brut au mieux égal à l’inflation ? Un particulier acceptera-t-il que, dans la majorité des cas, on lui refuse d’accéder à la propriété, voir lui interdire toute plus-value, voir lui « capé » la plus value sur un indice ? Que dire des générations âgées a qui ont refusera la prise en charge d’examens médicaux parce que la natalité a baissé ? Après tout, pourquoi pas ?
Ce que m’a appris cette crise, c’est qu’il est bien difficile de la comprendre dans sa globalité, y compris pour un professionnel (je ne parle pas de économistes). Conséquemment, les acteurs principaux de cette crise ne prennent pas leurs propres responsabilités en essayant de chercher un coupable. Le rôle des conseils (y compris les politiques) est d’éclairé l’investiseur de base (dont je fais parti) et pas de lui permettre de délirer à la recherche de rendements irréalistes ou simplement de services sociaux hors de portée financière (ou que ses enfants et petits enfants devront payés sans leur avoir demandé leurs avis). Le souci, dans cet ensemble, c’est que même ceux qui n’ont rien, sont aussi impacté. Il existe donc une limite « morale » sur quoi bâtir un monde meilleur, celle qui doit assurer le minimum vital à tous (ce minimum étant à définir et évolutif).
Parallèlement, si le monde financier était transparent pour chacun, cela n’inciterait peut être pas à prendre de risque et donc à investir sur l’avenir, et donc à avoir une croissance (cad une amélioration des conditions de vie, au moins matériel). L’ambition du « toujours plus », est un puissant levier de développement et les rêves en sont leur expression … concrètes. Au delà de tout débat philosophiques sur la consommation, l’être et l’avoir, la croissance, je crois que l’exagération est un trait de l’être humain, mais que cela n’empêche pas la réflexion et donc d’avoir la courage de mettre des limites à nos rêves pour qu’ils ne se transforment pas en délire.
Donc (je répond à ma propre question), oui, la morale peut être rentable, car elle permet de mieux gérer son patrimoine dans le monde réel. Après, il s’agit de définir quelle morale, ce qui n’est pas mon propos, car on entre ici dans la sphère de réflexion de chacun.
Sinon, pour les croyants, vous avez l’Eglise de la Trinité, à deux pas de Wall Street, qui propose des offices spécial crise financière. Comme quoi, une crise est un intense moment de réflexion, avant d’en oublier la plus grande partie quand l’ours se transformera à nouveau en taureau.

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