Conférence de Christian de Boissieu : Vers un nouveau Bretton Woods.
Chaire Ethique et Finance
Institut Catholique de Paris - Faculté des Sciences Sociales et Économiques
3 mars 2009
Très longue (2 heures) et bonne conférence de Christian de Boissieu. Professeur d’Université à Paris I, Président du Conseil d’Analyse économique auprès du premier ministre, son intervention visait à sensibiliser son auditoire sur les enjeux du prochain sommet du G20 en matière de réforme de notre système monétaire et financier. Et, aussi, à conforter son analyse de la crise économique et financière qu’il nous a fait partager à travers quatre articles dans le Monde depuis le mois d’Aout appelant à un nouveau Bretton Woods financier (en collaboration avec Olivier Pastré et Jean Hervé Lorenzi ).
Après des rappels historiques utiles sur le sommet de 1944, qui réunit plus de 735 participants, et vu s’affronter les thèses des délégations anglaise (Keynes) et américaine (White), le sommet se conclut par un rôle a minima du FMI et la domination des Etats unis : absence de monnaie internationale(le Bancor), application da la parité de change à 35$ pour une once d’or, et du principe du dollar as good as gold. Le FMI n’a pas acquis le statut de banque centrale internationale, il est un fonds qui ne peut prêter que ses ressources et anime la coopération monétaire entre ses membres.
De fait, ce nouveau système (ndlr : qui finit par entrer en vigueur en 1958) a libéré les Etats Unis de toute discipline à l’égard des autres Etats en matière de transactions internationales économiques et financières. La création du DTS en 1969 à la conférence de Rio, la suppression de la convertibilité or en 71 et la fluctuation du dollar en 73 n’ont pas finalement infléchi cette tendance bien au contraire. (ndlr : L’économie mondiale a du s’adapter à plusieurs phases d’appréciation du dollar (1979-1985 ; …) et de dépréciation du dollar (1973-1979 ; …)). Et aussi à de nombreuses crises systémiques de 1997 et 1998 : crise asiatique + défaut russe ; octobre 2001 : Enron ; la crise subprimes en 2008. (il n’a pas fait référence aux crises de 1982 (pays émergents), 1987 et 1990 (immobilier, junk bonds, et saving & loans américains))
La crise économique et sociale qui se développe actuellement est planétaire ; elle touche toutes les zones économiques, y compris l’Europe (qui pensait être découplée !!) et l’Asie, qui connait une décélération de ses zones les plus dynamiques et la récession japonaise. Il est trop pour se prononcer sur la sortie de crise. Au mieux, il faudra attendre la fin de l’année pour que les banques finissent de circonscrire leurs pertes. Le rebond pourrait se manifester au cours du premier semestre 2010. Il faudrait avant tout, que les marchés financiers recommencent à jouer leur rôle (fixation des prix) et que les prix de l’immobilier cessent de baisser aux Etats Unis, afin de tarir les sources de pertes bancaires et des produits titrisés. Ceci passe aussi par une modulation de l’application du principe de mark to market de tous les portefeuilles et d’une meilleure maitrise de l’application du principe de fair value.
Un nouveau Bretton Woods financier est possible en 2009 et une grande opportunité pour faire avancer la gouvernance mondiale, car la crise est profonde et intense et que l’intervention des banques centrales nationales et des gouvernements est utile mais pas suffisante pour infléchir le mouvement, malgré et sans doute aussi du fait des montants colossaux qui ont été mis à disposition. Le G20 est une avant-garde dont la mission est de trouver des accords sur le plus grand nombre de sujets. Il faudra passer par une validation de tous les Etats concernés (185 si l’on s’en tient au pays membres du FMI).
Certains sujets feront l’objet d’un communiqué qui masquera l’absence de consensus (la coordination des plans de relance, et le Doha Round, par exemple). Pour d’autres, il y aurait plus d’espoir de voir bouger les lignes : la régulation des agences de notation, l’application intelligente et sélectives des normes comptables, la régulation des hedge funds, les paradis fiscaux (dont la transmission par UBS des détenteurs de compte américains est un signe intéressant), la mise en place de chambres de compensation pour les produits financiers tel que les CDS et pourquoi pas autres produits OTC. Le FMI pourrait se voir attribuer un rôle de supervision des agences de notations (big or fat 3) et aussi une mission vis-à-vis des fonds souverains.
L’Europe a un rôle historique. Elle est la seule source de proposition depuis la fin de l’année. (le Japon qui présidé le G8 n’a fait aucune proposition…..). Pour cela, il faudrait que l’Europe ne parle que d’une seule voix et mettent en place une gouvernance interne commune. Il n’y a pas forcément besoin de textes nouveaux, juste d’une volonté et de l’application de principes simples.
JC COTTA
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